Article paru dans La Chabriole

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L’ÉPERVIER EST MORT, VIVE L’ÉPERVIER !

Un ami m’a dit qu’il a vu un épervier recevoir un coup de fusil, au mois de mai dernier, non loin du village. C’est d’autant plus regrettable qu’à cette saison, cet oiseau nourrissait certainement une nichée. Depuis, je n’ai pas revu l’épervier que j’observais pourtant régulièrement. Il se posait parfois près de la maison, sur la plus haute branche d’un châtaignier mort d’où il surveillait son domaine, et surtout les déplacements des ses proies préférées : les petits oiseaux.

L’épervier aime nicher dans les bois et chasser dans la campagne. Son paysage préféré est le bocage, avec alternance de bois, prés, haies, cultures… Autant dire que les alentours de notre village lui sont favorables. Le territoire d’un couple est de 400 à 1200 hectares, soit un rayon d’action de 2 ou 3 km autour du nid.

Gris ardoise sur le dessus, blanc rayé de brun-roux au-dessous, l’épervier est le plus commun des petits rapaces. Longueur : 31 à 38 cm, envergure : 60 à 80 cm. La femelle, de la taille d’un petit pigeon, est nettement plus grosse que le mâle. Elle pèse environ 250 grammes, le mâle atteint les 150 grammes.

Petit, taillé pour la vitesse, l’épervier est un as de la voltige. On le reconnaît en vol à sa longue queue et à ses ailes courtes, larges et arrondies. Je l’ai souvent vu au lever du jour qui filait devant ma voiture, sur une petite route qui serpente en sous-bois : d’un vol énergique et rapide, mi-battu, mi-plané, il vire sur l’aile à chaque virage et sa trajectoire est impeccable.

C’est au printemps, vers la mi-mars, qu’on peut admirer le vol nuptial : mâle et femelle s’élèvent en spirale à grande hauteur puis plongent en piqué, remontent en chandelle… tout en lançant des kiu-kiu-kiu-kiu… La femelle construit ensuite son aire, un gros nid de branchettes de 30 à 40 cm de diamètre, placée bien haut dans un épicéa ou un grand chêne. Début mai, elle y pond 4 ou 5 oeufs qu’elle couve pendant 35 jours. Le mâle la ravitaille régulièrement.

Même s’il lui arrive de chasser le mulot ou le campagnol, l’épervier est un spécialiste de la chasse aux passereaux qu’il capture en vol, au sol, sur la branche ou même dans un buisson. Sa technique préférée est l’attaque par surprise. Il parcourt son territoire à faible hauteur, se faufile dans les sous-bois, zigzague entre les troncs, rase les buissons et les haies, surgit toujours brusquement et sème la panique chez les petits oiseaux qui disparaissent en un clin d’oeil. Malheur à l’imprudent, à l’oiseau malade, handicapé, inattentif ou gêné dans sa fuite ! Mais la proie échappe souvent, malgré l’agilité du chasseur, et l’épervier a souvent du mal à manger à sa faim.

L’épervier se nourrit aux dépens des espèces les plus communes et abondantes : moineaux, mésanges, pinsons, bruants, étourneaux, alouettes… La femelle peut capturer des proies plus grosses : merle, grive, geai. Un épervier se nourrit d’environ deux petits oiseaux par jour. La proie est emportée dans les bois où elle est plumée et dévorée, souvent près de l’aire.

Aussi cruelle que puisse paraître la prédation, surtout quand on aime observer et écouter les petits oiseaux, l’épervier chasse les plus nombreux, et est un des régulateurs nécessaires de leurs populations. De plus, comme tous les prédateurs, il capture en premier les animaux malades, les plus lents, les infirmes, et son rôle est en définitive salutaire à la santé des populations de ses proies.

L’épervier a lui aussi quelques ennemis mortels : l’autour, le faucon pèlerin, le hibou grand-duc, la corneille, la martre, et le pire de tous : l’homme. Battues de destruction, abattage des couveuses, des aires et des nichées, pièges à poteau, appâts empoisonnés, que d’énergie et d’ingéniosité dépensées pour anéantir les rapaces ! En 1972, après des siècles de destructions, ils avaient presque disparu du ciel de France quand la loi les protégea enfin. Il était temps ! Depuis 35 ans, les rapaces ont, pour la plupart, retrouvé des effectifs corrects mais fragiles.

À Saint-Michel, nous avons la chance de profiter d’une nature riche et variée. Il faudrait que ça dure ! Un autre épervier prendra bientôt la place du disparu, souhaitons-lui longue vie, et vive l’épervier !

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